Histoire familiale - généalogie
«Julie ROUQUETTE : mon arrière grand-mère
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Le 11, rue Jacob, Paris VI', maison natale de Julie, en 1873.
Cette année-là, 1873, Jules Rouquette publie son roman-feuilleton, « Ce que coûtent les femmes » ! Roman plutôt féministe malgré son titre, dans lequel il décrit les aventures et les amours contrariées de ses personnages, emportés dans un nombre incalculable de rebondissements. L’intrigue explore « le prix » moral, affectif, social des attachements amoureux.
Mais cette année-là est aussi l'année du bonheur pour Jules Rouquette et son épouse Héloïse Roux. Après avoir perdu trois enfants en bas-âges, en 1861, enfant non nommé, puis Julie-Gabrielle en 1868 et enfin Hippolyte en 1871, le malheur semble s'acharner sur le couple.
« Enfant non nommé » dit l'acte de décès, il faut savoir que Jules Rouquette est violemment anti-clérical, pas de baptême, pas de prénom. Rouquette est d'origine cévenole, et il n'a pas oublié les croisades contre les Cathares ou les Albigeois réfugiés dans les Cévennes , et les représailles de l'Inquisition. « L'alcôve et le confessionnal » son roman de 1881 a fait dire à un critique de l'époque « on devine que son livre fera grincer quelques dents du côté des sacristies. »
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Mais en 1873 arrive Julie-Marguerite. Belle enfant dont l'avenir semble prometteur. Née rue Jacob à Paris dans le 6' arrondissement, celle qui se choisira le prénom de Julie plutôt que Marguerite ravit déjà son entourage par sa jolie voix. Elle grandit dans le milieu littéraire de son père homme de lettres, et sa mère fille de libraire. Pourtant un drame vient bouleverser son adolescence au Noël de ses 15 ans. Son père Jules Rouquette meurt le 24 décembre 1888. Julie se retrouve seule avec sa mère Héloïse. Vies bouleversées, déménagement vers la rue Montenotte, mais Julie tient bon et se conforte dans sa vocation artistique. Pas l'écriture comme son père, mais le chant et la scène seront son domaine. Un article élogieux paru dans le journal Politique Coloniale du mois d'Août 1893 nous parle d'une jeune femme qui promet. Elle a juste vingt ans.
« Le Théâtre des Ternes, qui continue à faire le maximum, annonce qu’à partir du 1er septembre il reprendra ses représentations quotidiennes. En attendant, on reprend la meilleure opérette du répertoire boulevardier. Samedi prochain, La Femme à papa, où nous applaudirons avec un nouveau plaisir M. Delaistre, Mlle Schneider et la toute charmante Mlle Julie Rouquette, dont les débuts promettent et tiendront, je l’espère bien. »
La carrière de Julie notre arrière grand-mère est lancée. Précisons que sa partenaire au Théâtre des Ternes Melle Schneider n'est sans doute pas la célébrissime Hortense Schneider égérie d'Offenbach, « J'aime les militaires ! », affaire de dates, mais les débuts promettent ! Et ils tiendront, si nous suivons patiemment le parcours de la jeune chanteuse, ou artiste lyrique comme elle se présente sur les actes officiels.
Un événement capital vient encore bousculer la vie de notre Julie en 1899 ! La naissance d'un beau garçon bien joufflu ! (pardon grand-père, je brode!) Ce bébé naît rue Montenotte, en présence d'Héloïse sa grand-mère. Mais sur l'acte de naissance, pas de géniteur déclaré ! « Né de père non-nommé ». Julie élèvera seule son fils qu'elle appelle André Paul. Seule ? Pas sûr, car dès 1906, André n'a que 7 ans et Julie est en couple avec celui qui sera l'homme de sa vie, Philippe Louis Garnier, dans la rue Saint Julien, à Nancy.
« Philippe Louis Garnier est un jeune homme né à Pontoise en 1870. Bien fait de sa personne, il a les cheveux châtains et les yeux gris bleu, la bouche petite et le nez moyen, le menton rond. Mais il souffre de ne mesurer qu'un mètre soixante-et-un. » (livret militaire, matricule 636, classe 1890)
Le recensement de 1906 est formel, au numéro 5, de la rue Saint julien à Nancy vivent Julie et Philippe Garnier, sans le petit André. On peut supposer que l'enfant est confié à Héloïse sa grand-mère, ou placé en pensionnat ou même chez une nourrice . Notre grand-père André Rouquette, futur chanteur lui aussi, a donc grandi sans père, et peut-être même un peu sans sa mère, à moins que …
Il ne vous a pas échappé que le compagnon de Julie s'appelle Garnier, or Garnier est précisément le nom de scène que se choisira notre grand-père Rouquette ! Ce n'est pas un hasard bien sûr, plutôt un hommage, ce qui serait bon signe pour les relations entre le mari de Julie Rouquette et notre grand-père André Rouquette. Le mariage entre Julie Rouquette et Philippe Garnier a lieu en 1915, à Limoges, en pleine guerre, alors que Philippe est encore sous les drapeaux. L'année suivante un acte vient officialiser la reconnaissance d’André Rouquette par sa mère Julie ! La loi a de ces bizarreries ! Par contre Philippe Garnier ne reconnaît pas celui qui restera son beau-fils.
Je vous vois venir, pourquoi Limoges ? Le 19 Octobre 1915, Julie Rouquette et Philippe Garnier sont domiciliés à Limoges, rue des Écoles, à deux pas du Casino-théâtre ! Philippe Garnier œuvre comme régisseur général au théâtre de Limoges, et Julie, mentionnée comme « artiste lyrique » sur l'acte de mariage y est sans doute chanteuse ou actrice. En 1915, Philippe Garnier a 45 ans, et bien que déclaré « actuellement soldat au douzième régiment d'infanterie territoriale », sur l'acte de mariage, il n'est pas constamment en uniforme, jugé inapte à faire campagne depuis Juin 1915. Son livret militaire est une source formidable de renseignements, sinon comment savoir pour les yeux gris bleu !
Nous perdrions la trace de notre ancêtre Julie Rouquette sans les témoignages semés tout au long de sa vie par son mari Philippe Garnier. Étant mobilisable jusqu'en Novembre 1916, Philippe Garnier est suivi de près par les autorités militaires. Ainsi nous apprenons qu'il était à Alger en 1898, rue de Constantine, puis Bordeaux en 1900, Genève et Lausanne en 1902-1903, Limoges où il se marie en 1915 et enfin Toulouse en 1916. Et tous ces changements de domiciles correspondent au métier de Philippe Garnier, régisseur général et à celui de notre ancêtre Julie Rouquette. Toujours logés à proximité d'un théâtre ou d'une salle de spectacle. Casino de Nancy, Théâtre de Limoges, Casino de l'espérance de Genève, Alhambra de Bordeaux, Nouveau théâtre de Lyon. Philippe Garnier ne suit pas la carrière de son épouse Julie Rouquette, c'est sans doute elle qui l'accompagne. Il est cité un peu partout aux quatre coins de l'hexagone (oui, je sais!).
« Sa carrière fut accaparée par les grands des villes de province, Nice, Bordeaux, Genève, Lyon, la résument » (Association des régisseurs de théâtre).
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Philippe Louis GARNIER, Régisseur de théâtre
Nous les trouvons en 1908 en Algérie, où décède Héloïse Roux, la femme de l'écrivain, mère de Julie. C'est Philippe Garnier qui déclare le décès de sa belle-mère le 9 Octobre 1908. On en déduit que toute la famille est réunie à Alger, Rue Constantine, et que notre grand-père André Rouquette, 9 ans, fait déjà connaissance avec un pays où il vivra plus tard sa vie d'artiste. Mais c'est une autre histoire.
Julie Rouquette et Philippe Garnier vivent donc une existence de saltimbanques ou presque, constamment prêts à s'installer là où les contrats avec les salles de spectacles les appellent. Philippe Garnier est un régisseur reconnu et même réputé dans le milieu du spectacle de la Belle Époque. Que notre grand-père Rouquette ait choisi Garnier comme nom de scène, plutôt que Rouquette, son nom et celui de sa mère était peut-être aussi un calcul en même temps qu'un hommage.
En 1919, Philippe Garnier est régisseur adjoint du somptueux théâtre de La Jetée Promenade à Nice. Le couple d'artiste réside 10, rue Meyerbeer. à deux pas de la promenade des anglais et du théâtre en question. Site merveilleux détruit pendant la deuxième guerre mondiale.
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Julie Rouquette et Philippe Garnier resteront mariés jusqu'à leur dernier jour. L'un et l'autre meurent très jeunes, Philippe en 1923 à Nice et Julie en 1926 à Marseille. Donc tous les deux à 53 ans.
Une assurance décès de Mille francs (un peu plus de 1000 €) est versée par l'Association de régisseurs à Madame Veuve Garnier, 31 bis rue de la République à Nice, preuve qu'ils sont toujours mariés. Elle suivra son mari en 1926, alors qu'elle est en institution de santé (à 53 ans!) à Marseille. Nous n'avons pas retrouvé de trace de la présence de notre grand-père André Rouquette aux derniers moments de sa mère, peut-être embarqué lui-même dans les grandes tournées Turcy-Garnier à cette époque. Une voix s'est éteinte mais une autre se fait déjà entendre, celle d'André Rouquette alias Garnier. The show must go on.
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