Histoire familiale - généalogie
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Nous ne quittons pas la smala Pauvert ni la branche Terrien, mais nous nous tournons vers l'ascendance Rouquette, les ancêtres de notre grand-père chanteur, Garnier pour son public, et André Rouquette pour nous. Le comédien-fantaisiste qui charma Juliette Terrien danseuse de la troupe et lui fit un beau bébé : notre maman, Marguerite Simone Rouquette, épouse Pauvert. Mais d'abord petite remontée dans le temps, car le parcours de cet ancêtre cévenol vaut le détour.
À Alais, (Alès aujourd'hui) en cette année 1828, la rue Neuve des Casernes résonne du fracas métallique de la forge familiale. C’est là, au milieu des étincelles, du fer rougi et du charbon des Cévennes, que naît le petit Jules Rouquette. Son père est serrurier. C'est un artisan aux mains calleuses qui façonne le métal, redresse les verrous et courbe le fer. Tout prédestine Jules à reprendre l'enclume de son père et de son grand-père, à passer sa vie dans la pénombre de l'atelier, le visage noirci par la sueur.( Là je revois l'atelier du père de Gaby Huchet à Mortagne !) L'affaire paternelle est florissante, bien implantée dans les vieux quartiers d'Alais. Les courageux randonneurs-randonneuses, il y en a dans la famille, qui ont fréquenté le sentier Stevenson, savent qu'il mène jusqu'à Alès. Magnifique panorama sur la cité cévenole de nos ancêtres à l'arrivée.
Jules est inscrit au collège d'Alais, à deux pas de l'atelier paternel, ce même collège où Alphonse Daudet sera pion quelques années plus tard et souffrira l'enfer avant d'écrire le Petit Chose. Ce pensionnat catholique à la discipline de fer, fut peut-être à l'origine de l'anti-cléricalisme du futur écrivain, qui sait ? Pour Philippe je précise, la Tourtelière c'était le club Mèd à côté.
Mais Jules regarde ailleurs. Tandis que le marteau paternel scande le rythme des journées, les yeux de l'enfant sont irrésistiblement attirés par la lumière de la rue et, plus loin, par les vitrines des imprimeurs-libraires de la ville comme les maisons Martin ou Veirun. À l'adolescence, le verdict tombe : Jules n'aura pas les mains noires du forgeron, mais les doigts tachés d'encre des travailleurs en col blanc. (belle antithèse!)
Il entre comme commis, chez un libraire, un peu éditeur, comme c'était fréquent à l'époque, d'abord simple arpenteur de comptoirs et coursier de paperasse. Dans les boutiques d'Alais, parmi l’odeur entêtante du papier de chiffon et de la colle de reliure, le jeune homme s'éveille. Il range, il classe, il conseille les notables. Et surtout, il dévore les récits de cape et d'épée qui arrivent de Paris, et dont il fera sa spécialité plus tard. Il sent battre en lui le pouls d'une ambition trop grande pour la province. Alais a vu ses débuts ; Paris verra son succès.
C'est au tout début des années 1850 que le grand départ s'organise. Le voyage lui-même tient du prodige moderne. Jules monte à bord de ces fameux wagons de chemin de fer. La ligne d'Alais à Nîmes, ouverte en 1840, s'est enfin connectée au grand axe Paris-Lyon-Méditerranée (PLM), car Alais est une ville minière et qui prospère aussi dans le ver à soie. Le train siffle, crache sa vapeur noire et l'emporte. Contrairement aux générations précédentes qui voyageaient de longs jours en diligences inconfortables, Jules rejoint la capitale en seulement quelques dizaines d'heures. Derrière la vitre, le paysage défile, et avec lui, s'efface son passé de commis provincial.
Quand Jules Rouquette descend sur le quai de la Gare de Lyon à Paris, le cœur léger et le bagage mince lui aussi, la ville est en pleine effervescence sous le Second Empire. La presse de masse explose, les feuilletons s'arrachent, les boulevards résonnent des cris des vendeurs de journaux. Pour le jeune Alaisien, la conquête commence. Les feuilletonistes font fureur, Paul Féval, Dumas, Eugène Sue, Balzac, et Ponson du Terrail (moins connu mais j'aime bien son nom et son Rocambole. Vu à la télé *)
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Le destin de Jules prend un tournant décisif lorsqu'il pénètre au cœur du quartier des éditeurs, sur la rive gauche. Il pousse la porte de la prestigieuse maison d'édition de Gabriel Roux. C'est là, dans cette officine bourdonnante, que François Roux, le fils, gère d’une main de fer les manuscrits les plus courus de l’époque, négociant les œuvres de la comtesse Dash et naviguant dans l'ombre du géant Alexandre Dumas.
Roux cherche un secrétaire, un homme de confiance capable de comprendre la mécanique du livre. Jules, fort de son expérience gardoise et de son ardeur au travail, est engagé. Très vite, le jeune homme se rend indispensable. Il sait parler aux auteurs, rassurer les imprimeurs et flairer les succès littéraires.
Mais dans l'arrière-boutique, au milieu des piles de volumes reliés et des contrats précieux, une autre histoire s'écrit. C'est là que Jules croise le regard d'Héloïse, la fille de son patron. Héloïse Roux a grandi dans ce monde de papier et de fiction ; reconnaît- elle chez le jeune Gardois l'étincelle des créateurs, la noblesse de ceux qui sont nés du peuple mais dont l'esprit tutoie les sommets ? N'exagérons rien, en tous cas elle tombe amoureuse du beau Jules.
Entre le successeur désigné et la fille de la maison, l'amour s'impose comme une évidence romanesque. Ce mariage, qui sera célébré en grande pompe le 18 Octobre 1860, n'est pas seulement l'union de deux cœurs : il scelle l'intégration définitive de Jules dans la haute société des lettres parisiennes. Chose touchante, les parents de Jules Rouquette ont quitté leurs Cévennes natales et habitent avec leur fils rue de la cité, à Paris ! Héloïse, la jeune mariée réside encore rue Dauphine chez son éditeur de papa.
Devenu le gendre de François Roux, Jules en devient tout naturellement le successeur officiel, reprenant les rênes de la boutique de la rue des Grands-Augustins. Le voilà désormais à la tête d'un empire de papier, signant les contrats de réédition et administrant de grands journaux satiriques de la place parisienne, comme Le Moustiquaire, pastichant Le Mousquetaire de Dumas.
Pourtant, l'appel de la création est trop fort. Pour ne pas mêler son nom de commerçant à ses rêves d'écrivain, Jules Rouquette prend la plume en secret et devient l'écrivain Léo Marcy. Pseudonyme en l'honneur de son père Léon Rouquette et de sa mère Victoire Marcy. L'aventure littéraire, peut enfin commencer.
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Pour Jules Rouquette, le quotidien parisien ne se limite plus à la gestion rigoureuse de la boutique du libraire. Dès que la nuit tombe sur la Seine et que les réverbères au gaz s'allument, il quitte ses piles de manuscrits pour rejoindre le cœur battant de la vie intellectuelle. Être éditeur et feuilletoniste sous le Second Empire exige d'être vu là où se façonne l'opinion : dans les cafés littéraires.
Il traverse le fleuve pour rejoindre les Grands Boulevards. Il y croise des journalistes du Figaro et du Charivari, des dramaturges en quête de diffuseurs, et de jeunes auteurs provinciaux montés à Paris comme lui. On y débat du dernier feuilleton d'Alexandre Dumas, on y critique le régime impérial à demi-mot, et on y jette les bases des futurs journaux satiriques. Pour le jeune Alaisien, habitué à la discipline austère de sa jeunesse, Paris devient un enivrant tourbillon de papier, d'encre et d'esprit. Chaque café est un salon d'écriture à ciel ouvert où le commerçant s'efface définitivement pour laisser place au romancier.
Jules Rouquette n'entrera jamais au Panthéon des grands auteurs du XIX' siècle, comme Hugo, Balzac, Flaubert ou Zola, il est à jamais classé comme auteur mineur de son temps, mais sa production abondante, plus de 150 œuvres répertoriées par la BNF, et la justesse de ses écrits en réponse à la demande de son époque, lui ont permis de vivre de son art et de signer toujours Jules Rouquette, « Homme de Lettres ». Fier de son statut.
Et puis il y eut Julie.
Julie Rouquette ...
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